Je photographie les corps que l’on ne nous apprend pas à regarder.
Des corps trans.
Des corps handicapés, visibles ou invisibles.
Des corps racisés.
Des corps gros, très minces.
Des corps tatoués, alternatifs.
Des corps trop souvent corrigés, commentés, réduits.
Je ne cherche pas à rendre les corps acceptables.
Je ne cherche pas à les rendre désirables selon une norme.
Je cherche à les rendre visibles, présents, habités.
Ce projet est né d’un manque.
Le manque d’images dans lesquelles se reconnaître.
Le manque d’espaces où l’on peut exister sans s’excuser.
Ici, le boudoir n’est pas une vitrine.
C’est un espace intime, conscient, ritualisé.
Un lieu où l’on revient dans son corps, lentement.
Avant la séance photo, il y a un rituel.
Un temps à part.
Une intention posée ensemble.
Un geste de réappropriation.
Que l’on croie ou non à la magie, aux énergies,
aux dieux ou aux déesses, le rituel agit.
Parce qu’il transforme le regard que l’on porte sur soi.
Je crée des images après ce passage.
Quand le corps est là.
Ancré.
Sensible.
Conscient.
Je suis une femme alternative.
Tatouée, marquée, grosse.
Je ne me suis jamais reconnue dans les images qu’on me proposait.
Alors j’ai décidé de les créer.
Pour moi.
Et pour toutes les personnes qui ne se sont jamais vues ailleurs.
Si ton corps a déjà été un champ de bataille,
ici, il peut devenir un lieu sacré.